Florent Chesné

Sous l’œil de Jean Vilar

Florent Chesné

Il est dix heure du matin, c’est une heure particulièrement agréable pour se donner rendez-vous, la chaleur n’est pas encore trop présente et la ville n’est pas encore totalement éveillée. Est-ce l’âme de Jean Vilar qui veille sur le lieu pour le rendre si serein ? En tout cas la magie opère, j’y retrouve Florent Chesné pour un échange très sympathique.

J’ai découvert ces deux très beaux spectacles, « Chats Noirs Souris Blanches », cette superbe pièce dans laquelle vous rivalisez tous de talent et « Roméo moins Juliette » où tu te produis seul et réalises une véritable performance. Comme j’ai pu le dire, j’ai découvert un comédien fou, et j’aimerais soulever un peu le voile sur celui qui se cache derrière cette belle folie.

Je m’appelle Florent Chesné, j’ai commencé le théâtre au lycée à ma dernière année de terminale, je ne savais pas quoi faire de ma vie à ce moment-là comme beaucoup d’étudiants. Et là, ça a été une révélation, j’ai réussi à convaincre mes parents, qui ont été formidables, que je voulais faire ça.

Je suis originaire de Nantes à la base, je suis monté à Paris car même si maintenant il y a beaucoup de choses qui se développent à Nantes, à l’époque il n’y avait que le théâtre du Sphinx qui faisait ça, l’ancien conservatoire.

Ce n’est qu’à Paris, évidemment, que l’on espérait se faire découvrir tout de suite, mais je reste Nantais dans l’âme, ça cela ne bougera pas.

Je suis donc monté à Paris, d’abord faire les cours Simon qui ne m’ont pas forcément plu, pas parce que les cours Simon ne sont pas bien mais cela ne correspondait pas à ce que j’attendais. J’ai fait ensuite les cours Florent et moi j’ai adoré. J’ai trouvé cela super, j’ai trouvé que c’était un microcosme de ce qu’était le métier, c’est à dire qu’il y a beaucoup de monde et que si on ne fait rien, personne ne nous attend alors on est obligé de se bouger les fesses pour rencontrer des gens, faire des scènes. C’est là que j’ai rencontré mes amis de scène et mes amis dans la vie avec qui j’ai commencé tout de suite, dès la sortie en 2004.

On est venu à Avignon pour jouer une pièce qui s’appelait « Du vice à la racine », une première expérience de fond à être dans le tourbillon d’Avignon, à découvrir à vingt ans ce que c’est, le carnage que cela peut être autant dans le bonheur que dans le malheur. Cette pièce là on l’a joué pendant deux ans.

Puis j’ai rencontré Olivier Maille pour sa première pièce « Si je t’attrape je te mort », cela fait plus de dix ans que cela se joue maintenant. Cela a été une très belle rencontre, et même si parfois j’ai arrêté la pièce, on ne s’est jamais perdu de vue. J’ai joué dans presque toutes ses pièces.

A côté j’ai continué à jouer plein d’autres choses car j’aime bien faire des choses assez différentes, des comédies, des drames, je suis assez large dans mes désirs. C’est ce que j’aime aussi voir en théâtre, j’adore voir des comédie, quand elles sont bien écrites, il n’y a rien de mieux que de rire, c’est la même chose pour un drame. Il faut juste que cela soit bien monté, bien joué.

 

 

Lire l’article Roméo moins Juliette

 

C’est ainsi qu’a germé l’idée de Roméo ?

Oui, j’ai joué beaucoup de comédies d‘Olivier ces dernières années et je commençais à avoir envie de jouer autre chose, pas me cantonner à ça et c’est comme ça qu’est venue la première pièce « Roméo moins Juliette ». J’avais envie de faire un seul en scène, voir ce que c’était, me confronter à ça, ne pas avoir de corde à s’accrocher à part la sienne. Et lui m’a dit : « Cela fait longtemps que j’ai envie de monter un Roméo mais il faut que le comédien soit tout seul ». Et j’ai trouvé cela génial, j’ai toujours rêver de jouer Shakespeare, je n’en ai jamais joué. On l’a construit petit à petit et cela a été super parce qu’on pouvait mêler le côté comédie que l’on aime tous les deux tout en amenant petit à petit les gens dans le drame de la pièce. Cela mélange parfaitement ce que j’aime faire, faire rire les gens et à un moment, les faire passer dans un autre sentiment un peu plus triste ou nostalgique.

 

Et puis après il y a eu « Chats Noirs » l’année dernière et c’était une grande joie, déjà pour lui car je savais qu’il pouvait écrire des jolies choses sans que ce soit comique, même si dans la comédie il est déjà super. Et il m’a fait confiance pour ce rôle qui est exigeant. Être à Avignon pour ces deux pièces, cela me fait beaucoup de bien.

Ces dernières années, comme on me voyait dans des comédies, on m’étiquetait comme  acteur de comédie et là montrer autre chose, et un beau travail en plus, c’est super. C’est agréable de voir le regard des gens qui me connaissent, qui nous connaissent, changer un peu. Nous sommes très contents pour les deux pièces, très contents des retours des gens, des pros aussi. Cela nous conforte, me conforte dans les envies que l’on a de raconter des jolies histoires.

Lire l’article Chats Noirs Souris Blanches

 

Tu peux me parler de tes projets après Avignon.

Les projets après Avignon, eh bien d’abord on va toucher du bois pour que « Roméo et Chats Noirs » continuent, on espère que ce sera à Paris ou en tournée.

Et puis avec Olivier, toujours, il y a une autre pièce que j’espère il sera possible de monter parce qu’elle nous tient très à cœur. C’est sur deux petits vieux qui ont Alzheimer et là je trouve qu’il a touché quelque chose de formidable. On suit deux amis qui partent à la quête d’Alzheimer parce qu’ils ne souviennent plus ce qu’est Alzheimer, c’est presque du Beckett, c’est absurde mais on est touché par ces deux personnages.

Ce serait avec un de mes meilleurs amis Pierre Corsan qui est le fils de Philippe Corsan, un acteur formidable. On a déjà joué ensemble mais là ce serait vraiment un vrai duo de scène. J’aimerais vraiment beaucoup développer ça cette année. On verra ce qu’on peut faire mais j’aimerais bien revenir avec cette pièce car je pense que cela peut toucher beaucoup de monde. On est tous malheureusement confrontés à cette maladie là.

Après il faut voir comment le monter, comment on peut le faire, voir si les gens peuvent être intéressés à voir deux jeunes faire deux petits vieux, le but ce n’est pas de s’en moquer, c’est d’y mettre un regard attendri, justement le regard qu’on avait sur nos grands parents, sur nos vieux à nous. C’est vraiment une pièce magnifique, drôle n’est pas le mot, c’est mignon, doux et un peu amer à la fin et on ressort même à la lecture, avec les larmes aux yeux mais aussi avec un énorme sourire. L’écriture c’est Olivier, encore Olivier

 

Des jolis projets en perspective

Il y a ça et après j’en espère plein d’autres. Je vais aussi attendre les retombées d‘Avignon, les gens qui ne me voyaient pas dans ces personnage- là et qui seront peut-être intéressés.

C’est très prenant, très fatiguant, je suis fatigué mais heureux.

 

Et puis, je suis content pour Olivier, il avait très peur d’Avignon. « Roméo » il l’avait tenté un peu l’année dernière, il voyait que cela marchait avec un petit fil qui le lie à Shakespeare très modestement mais il avait très peur du retour avec « Chats Noirs » et je suis heureux  pour lui car  je sais qu’il y a des gens qui peuvent venir avec le regard de travers en disant : « Qu’est ce qu’il nous a pondu ? Ah ben non, en fait c’est vachement bien ».

Je suis content pour lui car il le mérite, j’espère que cela va lui donner envie de continuer dans cette voix là. C’est super ce qu’il écrit, je trouve cela très fin.

Pour ceux qui verront « Chats Noirs », ce n’est pas manichéen, c’est beaucoup plus complexe que cela et même mon personnage, qui est le plus dur, on peut s’y attacher. Cela n’excuse pas ce qu’il fait mais on sent qu’il n’est pas tortionnaire pour être tortionnaire et moi c’est aussi ce que j’ai aimé dans la pièce.

Et je pense qu’à toutes les époques, c’est beaucoup plus complexe que ce que l’on voit, le racisme, la xénophobie, ce sont des douleurs que chaque personne porte et après c’est comment on les gère, moi cela m’a toujours dérangé que l’on stigmatise les gens qu’ils soient d’un côté ou d’un autre. Ce n’est pas si simple et il faut essayer de comprendre les réactions des gens, je ne pense pas que tout le monde soit foncièrement raciste, il y a de la peur. C’est ce qu’on leur dit, ce qu’on leur montre à la télé qui les effraient et je pense que si on se parlait un peu plus et si on s’écoutait un peu plus, on verrait un peu moins de tensions et de haine. Je pense que c’est intéressant de faire des pièces qui ne jugent pas, quelque soit l’époque, en 39/45 on ne sait pas ce qu’on aurait fait, on n’en sait rien. Quand on n’a pas vécu l’horreur, on ne peut pas savoir…

 

Et nous voici à « refaire le monde » mais le temps passe vite et je dois laisser Florent qui part tracter. Merci à lui pour ce joli moment.

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Par Maryline Bart, le .

Crédits

Claire Pathé

Phil Archi